Une marchandise pas toujours
vivante…
On estime le taux de mortalité à 4 animaux sur 10
avant l’arrivée en animalerie.
Conditions de stockage abominables, fatigue, stress et déshydratation
importante, s’ajoutent à la malnutrition et au sevrage
précoce de ces petits êtres.
Un trafic « légal »
destiné à la France
Comment passer outre la législation française ?
La nouvelle réglementation décidée par le ministre
français de l’Agriculture interdit l’importation
de chatons et de chiots d’origine hongroise, tchèque
ou polonaise, mais la législation belge, beaucoup moins contraignante,
autorise l’entrée de ces animaux dès l’âge
de 7 semaines.
Vaccinés et dotés d’un carnet de santé
belge dès leur arrivée, les animaux deviennent des ressortissants
de l’Union Européenne et peuvent aussitôt entrer
en France le plus légalement du monde. Ainsi, 90 % de ce trafic
est destiné à notre pays.
C’est ce même ministère de l’Agriculture
auquel l’association One Voice a envoyé par deux fois
un rapport édifiant sur les réseaux d’importation
d’animaux domestiques, lourd de plaintes et d’appels au
secours de clients bernés, et auquel n’a étrangement
été donné aucune suite…
L’horreur n’est
pas encore à son comble
Les complications, c’est vous qui risquez de les connaître.
Outre le fait que de nombreuses zones sont encore
infestées par la rage dans les pays exportateurs et que les
chiots ne reçoivent aucun vaccin anti-rabique et ne subissent
pas de quarantaine, ils sont de surcroît importés en
France trop jeunes, et présentent souvent des maladies extrêmement
contagieuses, fréquentes dans les chenils et élevages
surpeuplés ou insalubres.
La toux de chenil, la maladie de carré, l’infestation
par les vers et les gales sont les plus courantes et peuvent être
fatales pour le nouvel arrivant. Malformations, dysplasies, problèmes
cardiaques et respiratoires, sont également monnaie courante.
Mais il en est de moins faciles à déceler
: il y a les maladies de l’âme, celles du chiot qui
a été séparé d’une génitrice
devant mettre bas portée sur portée pour être
rentable.
Un chiot qui ne pourra ni être sevré ni suffisamment
sociabilisé pour être équilibré : il
deviendra un labrador mordeur, un retriever agressif, un bull-terrier
peureux, destructeur, anxieux, pouvant développer un syndrome
d’hyper-attachement qui peut aller jusqu’à des
attitudes psychotiques comme l’automutilation…
Les cas sont légions, tout comme les clients
bernés, déçus par une justice qui ne peut les
entendre face à des fournisseurs surprotégés
par une loi clairement de leur coté.
Ainsi, ce sont des centaines de plaintes qui sont
déposées chaque année et seront pour la grande
majorité classées sans suite. Une goutte d’eau
lorsque l’on sait que la plupart des adoptants floués
ne portent pas plainte ou acceptent un échange standard comme
on changerait une cocotte minute qui fuit.
C’est pour certains un « chien kleenex », pur
produit de consommation.
Véronique, bénévole dans un refuge de l’Essonne,
explique qu’elle héberge de nombreux cas de chiens
d’animalerie abandonnés suite à ce type de problème.
Pour elle, la répétition du problème vient
du fait que les gens « oublient » toutes les mises en
garde et les encarts journalistiques dès qu’ils passent
devant une vitrine où s’ébattent les petits
bouts tout craquants.
Il faudrait, selon elle, stopper l’achat d’impulsion
et éduquer les plus jeunes à considérer la
vie animale plus que comme un simple objet de consommation.
La charte adoptée
par les « hypermarchés » du chien
Quant aux grandes surfaces du chien qui promettent de ne pas vendre
de chiens d’origine Est-européenne, ne nous enthousiasmons
pas.
S’il est vrai que certaines sociétés intermédiaires
françaises s’engagent à les fournir en chiens
plus sains, il est quand même assez illogique qu’un
« petit » éleveur vende un ou plusieurs chiens
de sa portée à moitié prix à cet intermédiaire
sans aucune bonne raison. Ceux qu’il écoulera ainsi
seront ceux qu’il ne voudra pas voir assimilés à
son affixe pour cause de tares trop apparentes et qui, dans le meilleur
des cas, ne pourront être confirmés, dans le pire développeront
de graves complications (cas de dysplasie courants).
Dans son langage de professionnel on appelle ça le «
culot de portée ».
Pour les besoins de marchandise plus importants, il y a les élevages
industriels, bien français : parfois plus de 600 géniteurs
sont enfermés dans des enclos à ciel ouvert ou sous
tôle (imaginez la température l’été),
destinés à faire portée sur portée toute
leur vie.
Le principe consiste à enlever rapidement les chiots à
la lice afin qu’elle ait de nouveau rapidement ses chaleurs
et se fasse saillir le plus vite possible… rentabilité,
rentabilité…
C’est un peu le même principe que pour les poulets ou
les porcs, mais le fait est que l’on ne passe pas 15 ans de
sa vie avec un cochon et que son manque de sociabilisation nous
importe peu lorsqu’il est dans notre assiette.
Voilà ce que vous risquiez d’acheter dans une grande
enseigne bordelaise très réputée il y a quelques
mois : un dalmatien prognathe, un bulldog de 4 mois qui semble en
avoir 2, un dogue argentin aussi taché qu’un dalmatien,
un boxer cryptorchide à 900€ … Rien qui ne puisse
effrayer le néophyte passant par le rayon animalerie, un
pot de Géranium sous le bras.
Que faire ?
Le chien pur produit de consommation ? Dans ce cas, pourquoi n’est-il
pas possible de recevoir les mêmes garanties que pour nos
autres produits de consommation courante ?
Nous avons depuis peu la possibilité d’exiger de connaître
la provenance de certaines viandes de bœuf, il devrait donc
être possible d’exiger la traçabilité
des chiens vendus en animalerie.
La solution du problème est entre plusieurs mains : celles
des législateurs belges qui ouvrent impunément leurs
frontières et déroulent le tapis rouge aux trafiquants
de toutes sortes, et des pouvoirs français qui devraient
renforcer les contrôles dans un premier temps, et établir
de nouveaux décrets quant à l’importation de
chiens de l’Union Européenne… Ce qui semble malheureusement
compromis sans aller à l’encontre des accords de Schengen.
Donc elle réside surtout dans celles des consommateurs :
vous et moi.
Car lorsqu’il n’y aura plus de demande… il n’y
aura forcement plus de marché.
Vous pensez sortir un chien de l’Enfer,
vous en précipitez dix.
Dépassée, l’excuse du «Je fais une bonne
action, je sauve un chien de l’Enfer… » car d’une
part, il n’est pas sûr qu’il soit pour autant
sauvé, d’autre part, vous engraissez un trafic juteux
qui entraîne la mort de centaines d’autres chiens.
Lorsque l’on aime réellement les animaux, on ne peut
rester insensible à cela.
Préférez l’élevage sérieux, professionnel
ou amateur, qui ne commercialise que votre race préférée
et qui ne vend pas forcement ses chiens LOF plus cher qu’en
animalerie, ou, si votre porte-monnaie crie famine ou si le cœur
vous en dit, passez donc faire un tour au refuge le plus proche.
Vous y rencontrerez nombre de compagnons attachants et fidèles
qui n’auront pas eu la chance de rencontrer plus tôt
un maître tel que vous, et qui méritent autant, sinon
plus, l’amour que vous leur porterez.
Sandrine
Anzagoth
En mémoire de Kipling
Cet
article a été publié dans Top Dogs magazine
au mois de Novembre 2002
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